Corps, âme et esprit

corps_ame_espritNous allons maintenant aborder le sujet du « Entre » par une étude plus théologique qui remonte de loin, de très loin dans le temps, jusqu’aux temps des civilisations très anciennes celles qui mettaient en lumière la trilogie « Corps – Âme - Esprit ». Pour le chrétien, les lumières abordées par la Sainte Bible nous sont les plus familières ;

Prenons le cas de Jésus-Christ, en cette personne, dans sa nature humaine semblable à la nôtre, les trois éléments : corps, âme et esprit sont relatés comme des éléments séparés. Lors de la Passion ces trois éléments ont été séparés : comment ?

  • le corps est allé dans le tombeau
  • l’âme – à son tour a rejoint le séjour des morts [Hadès]
  • l’esprit – a été déposé “Entre” les mains du Père.

Nous aimerions faire une annotation sur l’âme aux enfers :

Dans le psaume XV aux versets 8 et 10, une hymne de David dit :

J’ai constamment l’Éternel sous mes yeux, quand il est à ma droite, je ne chancelle pas. Aussi mon cœur est dans la joie, mon esprit dans l’allégresse, et mon corps repose en sécurité car tu ne livreras pas mon âme aux séjours des morts, tu ne permettras pas que ton bien aimé voie la corruption .

Dans les actes des apôtres le discours de l’apôtre Pierre qui, le jour de la Pentecôte, s’adresse à la foule en attribuant cette parole de David à Jésus lui-même. Il dit alors (Actes des Apôtres II 14, 22-27) :

Vous Juifs et vous tous qui vivez à Jérusalem […] Écoutez attentivement mes paroles […] Jésus de Nazareth […] Vous l’avez tué […] Mais Dieu l’a ressuscité […] David dit de lui en effet : car tu n’abandonneras pas mon âme dans le séjour des morts [l’Hadès] et tu ne permettras pas que ton Saint voie la corruption.

Il y a une cinquantaine d’années un papyrus d’Origène (voir annexe) a été trouvé à Toura en Égypte. Origène éminent philosophe, théologien et prêtre du IIème et IIIème siècle, un des pères des toutes premières églises chrétiennes, avait beaucoup écrit sur les croyances anciennes et entre autres, sur celle de la réincarnation. Heureusement ce document d’origine, non interprété, a échappé aux « Correcteurs » nommés par l’administration religieuse d’époque, qui étaient autorisés à corriger des écrits, selon la vue juste des hommes au pouvoir à l’époque. Ce qui entre autres conduira à amoindrir la théorie de la réincarnation, qui finalement fut supprimée définitivement au cinquième concile de Constantinople en 553.

Le texte d’Origène, que nous citons, est relativement récent, donc peu connu, puisqu’il s’agit d’un papyrus découvert en Égypte et publié dans les « Sources chrétiennes » en 1960, alors qu’il ne figurait pas parmi les recueils publiés dans les siècles précédents. Origène, écrivait avant le premier concile qui eut lieu en 325 à Nicée, il se référait à la tradition constante de la communauté des chrétiens, selon laquelle Jésus-Christ est vrai Dieu et vrai Homme.

Origène se basait sur Saint Paul qui écrivait aux Thessaloniciens (1 Thés V.v23) :

Que tout votre être, l’esprit, l’âme et le corps soient conservé irrépréhensible.

De là Origène passe à la nature humaine du Christ – voulant sauver l’humanité – il a nécessairement revêtu dans son incarnation, tous et chacun des composants de l’humain. Il affirme que le Christ en s’incarnant, dans un corps humain non encore spiritualisé, a transformé peu à peu l’humain ; ainsi ce Jésus de Nazareth se transforma en un corps spirituel, celui que nous appelons Jésus Christ.

Pour cela Saint Paul assigne comme but à toute l’humanité à la fin des temps en écrivant aux Corinthiens :

Le corps est semé corruptible ; il est ressuscité incorruptible ; il est semé méprisable, il ressuscite glorieux ; il est semé infirme, il ressuscite plein de force ; il est semé corps animal, il ressuscite corps spirituel. S’il y a un corps animal, il y a aussi un corps spirituel.

C’est pourquoi il est écrit (I Cor 15, 42-46) :

Le premier homme Adam devint une âme vivante. Le dernier Adam est devenu un esprit vivifiant, ce qui est spirituel n’est pas le premier, c’est ce qui est animal ; ce qui est spirituel vient ensuite

Si nous avons choisi Jésus-Christ, nous pouvons constater qu’il ne s’agit pas ici d’une discussion purement théorique ou académique, mais bien d’une réalité ontologique, c’est à dire qui concerne l’être même de Jésus semblable à la nôtre.

L’homme est constitué de trois éléments distincts et séparables : esprit, [pneuma], âme [psyché] et corps [sôma]. C’est dans le commentaire (texte latin publié par le moine bénédictin Delarue, dans la Patrologie grecque de Migne Origenis opéra omnia) de la lettre de Paul aux Romains, que l’on peut découvrir l’intuition la plus nette d’Origène, sur la différence fondamentale entre l’esprit de l’homme et les deux autres parties de son être. Ce commentaire dit :

Ainsi l’apôtre ne sert Dieu avec dévouement, ni dans le corps, ni dans son âme, mais dans la meilleure partie de lui même, c'est-à-dire dans son esprit. Car ces parties sont au nombre de trois dans l’homme […]

La structure triple de l’homme selon Saint-Paul

Examinons de plus près les structures de ce chandelier. Commençons par le début par celui que nous allons appeler « Monde Créateur » partie droite du candélabre, pour terminer avec le « Monde Créé » partie gauche, que nous semblons être.

chandelier_dessin

1 = Minéral

2 = Végétal

3 = Animal, représente le monde visible

4 = Homme est le “Entre”, la brèche à remplir la tâche de l’homme à ou en devenir

5 = Ange

6 = Séraphins

7 = Lui, représente l’Origine, le Fondement, l’Impulsion

La structure de ce « Monde Créateur » est totalement immatérielle pour le « Monde Créé », il est invisible, inaudible, intouchable, inodore donc inaccessible à la réalité sensorielle limitée dans le temps et l’espace. Ce « Monde Créateur » identique à l’aleph, ne semble pas entrer en résonance dans les dimensions dans lesquelles nous « Monde Créé » évoluons journellement.

L’être animal dernière évolution de la partie gauche du « chandelier », génère différentes actions, au travers de distinctes entreprises, telles que politiques, économiques, sociales ou familiales, il dirige, il gouverne, et décide sans de ce soucier qu’il n’est qu’une partie divisée de l’ensemble. Très peu d’espèces de cette branche en sont conscients, l’être animal le plus évolué que nous appelons « humain » n’est qu’une partie de l’ensemble de ce « Luminaire ». La plupart de ses actions qu’il interagit sont totalement inconscientes et souvent leurs portées risquent l’impact non désiré.

L’être humain ne se doutant pas qu’il est divisé, se comporte selon son degré d’évolution, d’une manière animale se croyant unique, mais il se trouve quelque part, soit « dedans ou dehors » de l’univers qui l’entoure, il se trouve dans la dualité et il est prisonnier de sa « maison ».

Dans les écritures bibliques ou les écrits théologiques de diverses croyances, le « Monde créateur », le monde des esprits divins est identifié à la lumière, au feu ou encore à un souffle. Par exemple dans le livre de l’histoire juive et chrétienne en Deutéronome (Deut IV v 24) Dieu est considéré comme un feu dévorant, les anges apparaissent sous forme de flammes de feu, de ses ministres un feu qui brûle (Hébreux Iv7). A notre niveau de l’évolution, le feu peut être l’élément compréhensible et identifiable de la partie droite du chandelier. Le feu est un élément chimiquement inconnu de notre science actuelle, il est utilisé pour chauffer, pour éclairer, pour faire croître, pour créer ou pour détruire les éléments de la partie gauche de ce luminaire.

Selon les écrits que nous connaissons, ce « Monde Créateur » n’a pas d’âme c’est un esprit pur. Par exemple dans la Bible nulle part nous pouvons lire que les anges ont une âme, par contre l’humain en possède une (psyché en grec) et il semblerait qu’il se trouve dans un état inférieur à celui des êtres purement spirituels comme les anges. Le rapprochement d’Origène entre les mots « psyché » (l’âme) et « psychos » (le froid) lui fait penser aux paroles bibliques où le serpent est associé à la notion de froid, tandis que les anges apparaissent sous forme de flammes de feu.

Il apparaît que la partie gauche du chandelier, partie « tombée » de l’amour de Dieu s’est refroidie par rapport à la partie droite, et il est dit qu’elle est devenue tiède voire froide. Tout ce qui symbolise dans les Écritures, la puissance adverse est toujours froide, le mal est représenté par le serpent ou le dragon.

Toujours selon Origène, le fait que le « Monde Créateur » n’ait pas d’âme (psyché en grec) et que l’homme en possède une, voire est une âme, c’est pour cette raison qu’il se trouve dans un état inférieur à celui des êtres purement spirituels comme les anges. Le livre de la Genèse (I.v11 et v12) nous apprend que l’homme dans son corps matériel est formé de la même matière, des mêmes éléments chimiques que ceux qui entrent dans la constitution des animaux, des plantes voire des minéraux. Par contre l’homme et les animaux ont un élément commun la « psyché » très différente l’une de l’autre. Sous certains rapports, l’homme par ces « forces fondamentales » a une ressemblance avec le règne animal, cependant, il possède un élément commun aux purs esprits, la « pneuma en grec » qui veut dire souffle, selon ce qui est écrit dans la Genèse (II.v7) « L’Éternel Dieu forma l’homme de la poussière de la terre, il souffla dans ses narines un souffle de vie et l’homme devint un être vivant »;

Pour conclure l’humain a un lien avec l’animal par la psyché (âme) et un lien avec les esprits purs par le souffle ou « pneuma ». La chute « Katabole en grec » consisterait en une chute d’un état purement spirituel, à un état mixte de l’homme composé des trois éléments corps, âme et esprit dont quelques uns nous approche de l’animalité.

Origène se basait sur les écrits de Saint Paul et, sur la triple structure de l’homme mentionnée à la première épître aux Thessaloniciens (V.v23), pour affirmer qu’il en était de même pour la nature humaine de Jésus de Nazareth. Un extrait (ORI-PA, II, 8, 4 ; in SC, numéro 252, page 348-349) : « … on peut observer que, quand l’Évangile parle de l’âme [anima] du Sauveur, autre est ce qui lui est attribué avec le mot âme, autre est ce qui lui est attribué avec le mot esprit [spiritus]. Lorsque l’Évangile mentionne quelque passion ou trouble, il emploi âme comme dans : maintenant mon âme est troublée, mon âme est triste jusqu’à la mort et, personne ne m’ôte mon âme, mais c’est moi qui la dépose. »

Origène ne se contente pas de citer l’Écriture, il va attribuer un rôle spécifique à l’âme en la qualifiant d’intermédiaire “Entre” le corps et l’esprit, il dit : « Mais ce qu’il confie aux mains du Père, ce n’est pas son âme, mais son esprit, et lorsqu’il dit que la chair est infirme, il ne dit pas que son âme est prompte, mais que l’esprit est prompt. Il semblerait que l’âme soit quelque chose d’intermédiaire [uasi medium quiddam] “Entre” la chair infirme et l’esprit prompt. » (SC numéro 252 pp. 348-349). Il ne s’agit pas d’une expression isolée, même si Origène par prudence, emploie la restriction « il semblerait que … »

Revenons au « Monde Créateur », le côté droit du chandelier par ses trois branches, représente les Anges les Archanges et le LUI l’Absolu-Divin. Selon l’entendement humain où, le supra mental purifié, il lui transmet ce « Monde » sous différents aspects, mais en réalité il n’y a qu’un seul ange, un seul archange comme il y a qu’une seule âme, qu’une seule parole divine et qu’une seule intelligence. L’homme ne les perçoit pas dans leurs plénitudes, mais il les différencie selon ses images qui ne sont que des représentations qu’il se donne dans une dimension propre à sa nature idéalisée.

La ressemblance originelle va du Divin à l’homme et non de l’homme à Dieu. Cette conception première de la créature née de Dieu exprime la totalité du Père dans le Fils. L’incarnation humaine n’a point d’autre sens et point d’autre but que de révéler le Divin à la conscience de l’univers. Dans l’Evangile de Jean 14. v20 Jésus nous révèle : « En ce jour-là, vous connaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi et que je suis en vous. »

Le « Monde Créateur » est en l’homme, l’ange est le gardien de la perception du supra mental, cette énergie spirituelle ouvre ou ferme l’accès intérieur à la « vision céleste », à la contemplation de la vérité insaisissable sur le plan inférieur du mental et du physique. Aussi longtemps que l’homme vit dans l’illusion de son moi personnel, de son identité avec les apparences imparfaites et mortelles de l’existence soumise au mode relatif des dualités, l’accès à la connaissance lui est interdit. Dans le livre de la Genèse 3.v24, l’Éternel mit à l’Orient du jardin d’Eden les chérubins qui agitent une épée flamboyante pour garder le chemin de l’arbre de la vie. L’Orient est le lieu où le soleil se lève, c’est l’aube de la lumière supra consciente dans l’incarnation, rappelons que dans ce « Monde Créé », le soleil est le symbole de la vie.

Dans l’Évangile de Luc (I. v11-20) même Zacharie fut troublé en « voyant » l’ange, la frayeur s’empara de lui quand celui-ci vint lui annoncer la naissance de son fils Jean, pourtant il se trouvait devant « l’autel des parfums », lui, sacrificateur, pieusement pénétré par la sainte grandeur de ses actes. Sa conscience remplie de crainte religieuse, consacré à l’Éternel et à son culte ne le crut point, pourtant l’ange lui est apparu et lui a parlé. Telle est bien la véritable misère de l’homme, cet aveuglement insondable, qui le plonge dans l’illusion du moi individuel, et lui voile la face du Dieu, qu’il aime et cherche, pourtant. Son regard d’immortalité, de Lumière et d’Amour le contemple au fond de lui-même et l’attend, infatigablement !

Venons maintenant au « Monde Créé ». Déjà à l’époque d’Origène la traduction latine des mots grecs katabolè tou kosmou est employé à plusieurs reprises dans le Nouveau Testament, par constitutio mundi. Les traductions en langue française rendent à peu près le sens latin par « création du monde » ou « fondation du monde » voir Évangile de Jean XVII.v24, Bible de Jérusalem ou celle de Louis Segond. En réalité seuls les mots grecs ont une valeur de référence, l’expression d’origine « katabolè » tou kosmou, signifie littéralement « chute de l’univers ». Ainsi il faudra lire le verset biblique de Jean XVII.v24 comme suit : « Père, je veux que là où je suis, ceux que tu m’as donnés soient aussi avec moi, afin qu’ils voient ma gloire, la gloire que tu m’as donné parce que tu m’as aimé avant la chute de l’univers ».

Bien que cela puisse paraître quelconque, les conséquences sont très importantes pour ce qui suivra. La chute de l’univers recouvre une connaissance d’une bien plus grande portée. Cette chute vise non seulement la question de l’âme humaine préexistante, mais aussi celle de tout ce qui est visible c'est-à-dire : la terre avec ses règnes minéral, végétal et animal. Tout ce qui est visible a préexisté dans le monde spirituel voire le « Monde Créateur ». Cette occultation du sens précis du mot grec katabolè déjà dénoncée du temps d’Origène au III siècle, revêt une importance encore plus grande à notre époque où la plupart des lecteurs du Nouveau Testament ne peuvent avoir accès au texte grec de référence et ignorent même l’existence d’une telle distorsion semblable.

Il ne suffit pas de mentionner seulement le premier mot « chute » (katabolè) mais il faut aussi le joindre au suivant « to kosmou » pour en voir toute la portée. Il ne s’agit pas seulement de la « chute » de l’âme humaine, mais de la chute de la création entière, et il faut se référer à la parole du Christ

La gloire que tu m’as donné parce que tu m’as aimé avant la chute de l’univers.

La terre toute entière, avec ce qu’elle contient, ainsi que tout l’univers a chuté en descendant d’un état purement spirituel, à un état physique tel que nous le connaissons grâce aux perceptions fournies par nos cinq sens corporels. Aussi (Romains VIIIv19-20) :

La création attend-elle avec un ardent désir la révélation des fils de Dieu, car la création a été soumise à la vanité.

Il est nécessaire de faire le point, la traduction latine de la Bible n’est pas entièrement fiable. Les exégètes d’aujourd’hui, de quelque confession qu’ils soient, en sont bien conscients et se basent exclusivement sur le texte grec du Nouveau Testament.

Interpréter littéralement le terme « chute » uniquement dans le sens de déchéance, conduisant, suite à la désobéissance, les âmes préexistantes à s’incarner revêtu d’une tunique de peau, et à les expulser du jardin d’Eden qui serait le monde spirituel, serait un paradoxe à l’écrit de la création qui dit textuellement en Genèse (I.v31) :

Dieu vit tout ce qu’il avait fait : cela était très bon.

Selon Platon, le corps n’est pas une prison, il permet à l’homme de faire usage de sa liberté, et une fois devenu corps spirituel, de retourner dans le monde spirituel (apocatastase). En fait la « katabolè » consisterait en une chute d’un état purement spirituel à un état mixte, où l’homme serait composé des trois éléments corps, âme et esprit.